L’archéologie est la source la plus incertaine d’information pour déterminer la forme du σταυρος de Jésus. Dans cette section, nous nous attarderons sur deux types de preuves : certains restes de victimes de la crucifixion et des représentations du σταυρος. A part une exception significative, aucun des artéfacts découverts ne résout vraiment le problème.

En juin 1968, par hasard, trois tombes furent mises au jour à Giv’at ha-Mitvar (au nord-est de Jérusalem), et les travaux d’excavation entrepris par l’archéologue Vasilius Tzaferis révélèrent les seuls restes connus d’une victime de la crucifixion. Suivant Fitzmyer, « les parties inférieures des os d’une jambe ayant appartenu à un adulte (tibiae et fibulae) avaient été brisées, et les os du talon (calcanei) avaient été percés par un clou d’acier. » (146) Le squelette s’appelait Yehohanan, suivant une inscription trouvée sur l’ossuaire.

Les os furent examinés (un peu trop hâtivement) par le Dr. Nico Haas de la Faculté médicale de l’Université hébraïque Hadassah. Ses conclusions sont résumées dans un article de la Tour de Garde daté de 1987 :

Selon Nico Haas, ce qu’on avait découvert n’était rien de moins que les ossements d’un homme crucifié au 1er siècle. Au moment de l’exécution, on avait semble-t-il cloué les deux talons de la victime sur un poteau vertical, mais le clou s’était tordu en rencontrant un noeud dans le bois. Après que le supplicié juif eut expiré, les siens n’arrivèrent pas à ôter le clou de ses talons, et ils l’enterrèrent donc avec. (147)

Et que dire des membres supérieurs ? Hans remarqua une petite rayure dans un des os de l’avant-bras et ce fut pour lui « une preuve ostéologique de la pénétration d’un clou dans l’espace interosseux entre le radius et le cubitus ».

Sur cette base, Haas en déduisit que « les membres supérieurs avaient été étendus, chacun fixé par un clou dans l’avant-bras ». (148)

Suite à de graves problèmes de santé, Haas ne put davantage examiner les restes du supplicié, mais ses conclusions furent largement acceptées. (149) Même la Watchtower publia un bref rapport sur cette découverte, déclarant toutefois inexactement que Vasilius Tzafaris avait découvert la victime d’un « empalement ». (150) Bientôt cependant, on en vint à émettre certains doutes. En 1973, l’éminent archéologue Yigael Yadin rejeta la preuve avancée par Haas et proposa que « les talons avaient été percés et attachés ensemble afin de les fixer sur deux plaques de bois, une en acacia près de la pointe du clou et l’autre en bois d’olivier à sa tête. Le clou avait été plié à l’arrière pour assurer la fixation. Ensuite, l’homme avait été attaché à la croix, pendu par les jambes à son sommet - genoux séparés, mais talons bien attachés ensemble pour former une boucle afin d’éviter que le corps ne glisse vers le bas. » (151) Cette hypothèse fut mieux reçue que celle avancée par Haas, toutefois les déclarations de ce dernier prévalurent parmi la majorité des érudits, et ce jusqu’en 1985.

Cette année-là, Joseph Zias, conservateur au Département des Antiquités et des Musées d’Israël, et Eliezer Sekeles, de la Faculté médicale de l’Université hébraïque Hadassah, réexaminèrent les restes de la crucifixion et en conclurent que l’analyse de Haas était erronée :

Le clou était plus court que ne l’avait signalé Haas, et par conséquent il n’aurait pas été assez long pour transpercer les os des deux talons et s’enfoncer dans le bois. Les morceaux d’os avaient été incorrectement identifiés. Aucun d’eux ne provenait d’un deuxième talon ; le clou ne transperçait qu’un seul talon. Certains fragments d’os appartenaient à un autre individu. (152)

Zias et Sekeles pensaient que « le condamné se trouvait à califourchon sur un poteau droit avec chaque pied cloué latéralement à la croix. Selon eux, c’était la reconstitution la plus logique. » (153)

Les deux chercheurs soutinrent également que les bras de Yehohanan étaient liés au patibulum à l’aide de cordes. La présence d’une rayure sur un des avant-bras n’était pas « une preuve convaincante » d’une blessure causée par un clou, parce que « beaucoup de rayures non traumatiques et d’empreintes similaires sont relevées sur d’anciens squelettes. En fait, deux empreintes creuses et non traumatiques furent détectées sur le péroné droit, et ni l’une ni l’autre n’avait un rapport quelconque avec la crucifixion … Par conséquent, l’absence de lésions sur l’avant-bras et sur le métacarpe de la main laissèrent supposer que les bras du condamné avaient été liés plutôt que cloués sur la croix. » (154)

La Société publia un article bien écrit sur cette nouvelle analyse dans la Tour de Garde du 15 août 1987. Il incluait deux dessins qui reproduisaient la reconstitution de Haas et de Zias / Sekeles, ce qui aura certainement surpris plus d’un Témoin. L’article concluait que les preuves provenant de Giv’at ha-Mitvar n’ajoutaient pas grand-chose quant à savoir de quelle manière Jésus avait été exécuté. Disons qu’ici, la Société a raison. Rien n’indique qu’un patibulum était attaché sur la croix de la victime. Les bras de Yehohanan auraient pu être étendus sur une crux simplex. La preuve était si sujette à caution que Zias et Sekeles furent obligés de se tourner vers les écrits classiques pour conforter leur reconstitution quant à la position des bras. (155)

L’incertitude caractérise aussi une autre découverte archéologique qui a rapport avec notre enquête. Il s’agit de la « Croix d’Herculanum ». Découverte en 1939, elle créa la même sensation qui avait suivi les révélations de Giv’at ha -Mitvar. Voici comment Marcel Brion décrit l’objet :

Cette sorte d’armoire, peut-être un autel extrêmement simple, presque un prie-Dieu, est surmontée de l’empreinte d’une croix sur le mur. Pour être plus précis, ce qu’on voit de nos jours, c’est l’endroit où fut fixée, avec des clous, une croix de bois. Autour des bras de cette croix, une partie du mur a été blanchie à la chaux, comme pour fournir un cadre et un arrière plan au signe sacré … (156)

Comme Herculanum fut détruite en 79 de notre ère, lors de la fameuse éruption du Vésuve, certains ont conclu que cette empreinte murale prouvait que les premiers Chrétiens – peut-être l’apôtre Paul lui-même – révéraient la croix et croyaient que Jésus avait été mis à mort sur un instrument qui avait cette forme. (157)

De telles interprétations, bien que romantiques, sont trop excessives. Il n’y a pas la moindre évidence que cette empreinte en forme de croix ait une liaison quelconque avec le Christianisme ou avec la Crucifixion de Jésus. En réalité, plusieurs chercheurs sérieux pensent que cette marque est celle laissée par une petite armoire. (158)

Une représentation de la Crucifixion, la seule qui ne soit pas ambiguë, date d’avant Constantin. Elle fut découverte à Rome, au Paedagogium, sur les versants du Mont Palatin. En 1856, R. Garruci examinait les murs de ce bâtiment (probablement une ancienne prison pour esclaves), et y découvrit une caricature de Jésus crucifié. Suivant Jack Finegan, « ce graffiti montre, fixé sur une croix, un personnage avec un corps d’homme et une tête d’âne. Les pieds reposent sur une sorte de plate-forme et les bras sont liés sur la barre transversale de la croix. A gauche, on voit un plus petit personnage, un garçon ou un jeune homme dans une attitude d’adoration. (159) L’auteur du dessin écrivit en-dessous des caricatures : « ΑΛΕΧΑΜΕΝΟΣΣΕΒΕΘΕΟΝ », ce qui signifie « Alexamenos adore son dieu » ou au vocatif « Alexamenos, adore Dieu. » (160)

Sans doute s’agit-il d’un graffiti blasphématoire gribouillé sur un mur par un esclave païen. « Vraisemblablement, on a affaire aux moqueries qu’eut à subir un jeune Chrétien dans le palais impérial. (161) Tertullien décrivit un dessin humoristique similaire dans son Apologeticus :

Très récemment, une nouvelle représentation de notre dieu a été publiée dans la ville, initiée par un criminel embauché dans l’arène pour se jouer des bêtes sauvages. Il a fait paraître un dessin avec cette inscription : « Onokoites, le dieu des Chrétiens ». Il a les oreilles d’un âne, un de ses pieds est fourchu, et il est revêtu d’une toge et tient un livre. Nous nous mîmes à rire en voyant le dessin et ce qui y était écrit. (162)

On pense que le graffiti du Mont Palatin date de l’époque de l’empereur Marcus entre 161 et 180 de notre ère, bien que d’autres le situent plus tard, entre 222 et 235, sous Alexandre Severus. (163) Sur base de ces dates, on pourrait rétorquer que la caricature est trop tardive pour prouver quoi que ce soit. Néanmoins, elle renforce le témoignage des premiers Pères de l’Eglise.

Si les apologistes du deuxième siècle ainsi que leurs adversaires païens s’accordèrent pour dire que Jésus est mort sur une croix à barre transversale, la tradition est bien plus solide que ce qu’avance la Société.


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