D’autres preuves qui démontrent que Jésus ne fut pas mis à mort sur une crux simplex se retrouvent dans la chaîne consistante et continue des témoignages des premiers Pères de l’Eglise, ainsi que dans un échantillon varié d’autres auteurs chrétiens. Qu’ils soient orthodoxes ou hétérodoxes (appelés aussi « hérétiques »), ces auteurs, dès la fin du premier siècle de notre ère, déclarèrent que Jésus termina sa vie terrestre en étant cloué sur une croix à traverse horizontale. Ci-après, voici un éventail très incomplet de textes allant de l’Eglise primitive jusqu’au cinquième siècle.

Pseudo-Barnabé (écrivit en 70-79 ou aux environs de l’an 130 de notre ère)

(1) Soyez abondamment instruits sur toutes choses, enfants de la dilection : Abraham, qui le premier à pratiquer la circoncision, le fit en contemplant en esprit Jésus ; il avait, en effet, été initié au sens des trois lettres. L'Écriture dit en effet : " Abraham circoncit les hommes de sa maison au nombre de 18 et 300 " [en grec, TIH] (cf. Genèse 17, 23-27 ; 14, 14). De quel mystère reçut-il donc la connaissance ? Remarquez qu'on nomme d'abord les dix-huit, et après un intervalle, les trois cents. Dix-huit, c'est : dix, iota et huit, êta - ce qui fait I H = Jésus. [ IH sont les deux premières lettres de IHSOUS , « Jésus »]. Et comme la croix [o σταυρος] en forme de tau est source de la grâce, on ajoute encore trois cents = T. Jésus est désigné par les deux lettres et la croix [τον σταυρον] par la seule troisième. (Barnabé 9 :7-8) (122)
(2) Il décrit également la croix [του σταυρου] … Dieu parla encore à Moise (Exode 17, 13), lorsque Israël était à se défendre contre les tribus étrangères ; il lui remémora que cette guerre même était le signe de la mort qu'ils méritaient à cause de leurs péchés. L'Esprit-Saint inspira à Moïse une attitude figurant la croix et Celui qui devait y souffrir, car voilà le sens du geste : à moins d'espérer en cette croix, ils seraient livrés à une guerre éternelle. Moïse entassa donc boucliers sur boucliers au milieu du champ de bataille, et se plaçant sur le tas de façon à dominer les autres, il étendit les bras [εξετεινεν τας ξειρας] ; c'est ainsi qu'Israël reprit l'avantage. Après un moment, Moïse ayant laissé retomber les bras, Israël succombait à nouveau (Barnabé 12 :1-2)
(3) L’Esprit dit encore par un autre prophète (Isaïe 65 : 2) : " Tout le jour j'ai tendu mes mains [εξεπετασα τας χειρας] vers un peuple rebelle et rétif à mes justes voies " (Barnabé 12-4).

Justin Martyr (écrivit en 148-161 de notre ère)

(4) Après sa naissance, le Christ devait rester caché aux yeux des hommes jusqu'à l'âge de virilité: c'est ce qui arriva. Mais écoutez la prédiction: "Un petit enfant nous est né, et un jeune adolescent nous a été donné, et la marque de l'empire est sur ses épaules." Cette marque, c'est la croix qu'il porta au jour de sa passion, comme nous le dirons dans la suite de ce discours. Voici sur le même sujet des paroles de ce divin prophète Isaïe: "J'ai étendu mes mains vers le peuple incrédule et contradicteur, vers ceux qui marchent dans la voie mauvaise ... Mais c'est le Christ Jésus, dont les mains furent étendues quand il fut crucifié par les Juifs, ces incrédules qui niaient sa divinité (1 Apologie, 35). (123)
(5) Mais ils ne pensèrent jamais à contrefaire dans aucun des prétendus fils de Jupiter le supplice de la croix. En effet, cela ne leur vint pas en idée, parce que tout ce qui en avait été dit l'avait toujours été sous le voile du symbole. Cette croix est le signe principal, le caractère particulier de la force et de la puissance, comme parle le prophète. C'est une vérité dont vous trouvez la preuve dans les objets qui tombent continuellement sous vos sens. Car, veuillez réfléchir un instant, et voyez si dans ce monde on ne peut rien faire sans ce signe, si sans lui le moindre commerce est possible entre les hommes? Peut-on fendre les ondes sans que, formé de la vergue et du mât, il brille comme un trophée? Peut-on tracer un sillon sans la croix de la charrue? Tous vos pionniers, comme au reste tous les artisans et tous les manoeuvres, ne peuvent travailler sans des instruments qui affectent sa forme. L'extérieur même de l'homme ne diffère de celui des animaux que parce que son corps se tient droit et qu'il peut étendre les mains en croix. Et ce nez, proéminent organe de la respiration vitale, ne trace-t-il pas encore une croix au milieu du visage ? (1 Apologie 55)
(6) Et quand, dans le Timée, Platon cherchant, à l'aide des lumières naturelles, ce qu'est le fils de Dieu, dit: "Qu'il l'a imprimé en X dans tout l’univers " c'est encore une idée qu'il a empruntée à Moïse. Car nous lisons dans Moïse … il prit de l'airain, en fit une croix, Platon lut ce fait, et ne remarquant pas que ce signe était une croix [σταυρος], il crut que c'était seulement un X, et il dit "qu'après Dieu principe, la seconde vertu était imprimée en X dans tout l'univers." (1 Apologie 60).
(7) Moïse lui-même, étendant ses deux mains, pria Dieu pour recevoir de l’aide. Hur et Aaron lui soutinrent les mains durant toute la journée, de peur qu’il se fatigue et laisse retomber les bras. En effet, si Moïse abandonnait cette position, qui était une imitation du στραυρος, le peuple était battu (comme Moïse le témoigne lui-même), mais aussi longtemps qu’il restait dans cette position, ce sont les gens d’Amalec qui étaient battus, et celui qui était fort trouvait sa force dans le σταυρος… tandis que le nom de Jésus se trouvait aux premières lignes de la bataille [en Josué], Moïse fit le signe du σταυρος. (Dialogue avec Tryphon, 90). (124)
(8) De plus ; Dieu montra encore d’une autre façon la force du mystère du σταυρος lorsqu’il déclara par l’entremise de Moïse , dans la bénédiction prononcée sur Joseph (Deutéronome 33 : 13,17) : « Il est son taureau premierné, honneur à lui ! Ses cornes sont des cornes de buffle, il en frappe les peuples, toutes les extrémités de la terre à la fois. ». A présent, personne ne pourra affirmer ou prouver que les cornes d’un buffle représentent autre chose ou forme que celle de la croix. La première poutre du σταυρος est debout, sa plus haute extrémité est levée comme une corne lorsque la traverse y est fixée, et les extrémités de cette traverse ressemblent à des cornes jointes à cette corne. Et la partie qui est fixée au centre de la croix, sur laquelle les corps de ceux qui sont crucifiés sont maintenus, se profile aussi comme une corne et ressemble à une corne jointe et fixée aux autres cornes. (Dialogue, 91).

Irénée (écrivit en 177-200 de notre ère)

(9) Donc l'obéissance a conduit le Fils jusqu'à la mort, cloué sur le bois de la croix. Ainsi il a détruit l’ancienne désobéissance qui avait été commise par le moyen du bois. Et le Fils est la Parole du Père tout-puissant. Cette Parole, par laquelle le Père a créé le monde, s'étend aussi loin que la création tout entière. Elle la soutient dans sa longueur et sa largeur et dans sa hauteur et sa profondeur (Éphésiens 3, 18). En effet, c'est la Parole du Père qui domine sur l'univers. C'est à cause de cela que le Fils de Dieu a été cloué sur le bois de la croix selon ces quatre dimensions. En effet, il se trouvait déjà comme imprimé en forme de croix dans l'univers. (Démonstration de la prédication apostolique, 34) (125)
(10) … et il nous a délivrés d'Amalec en étendant ses mains sur la croix …(idem, 36)
(11) Et la phrase Dieu a placé la puissance sur ses épaules est une image qui désigne la croix. Le dos du Christ était appuyé sur cette croix quand il a été cloué sur elle (idem, 56)
(12) Au sujet de sa croix, Isaïe dit encore : Tout le jour, j'ai étendu les mains vers un peuple qui ne croyait pas et qui s'opposait à moi. Ces paroles sont une annonce de la croix (idem, 79)

Tertullien (écrivit entre 190 et 220 de notre ère)

(13) Vous attachez les Chrétiens à des croix [crucibus], à des poteaux.[stipitibus]. Quelle est la statue qui ne soit d'abord formée par l'argile appliquée à une croix et à un poteau [cruci et stipiti] ? C'est sur un patibulum que le corps de votre dieu est d'abord ébauché! (Apologétique, 12,3) (126)
(14) Ce n’était certainement à dessein que ce soit un rhinocéros à une corne ou un minotaure à deux cornes ; Christ était plutôt préfiguré par un taureau suivant les deux récits, pour certains sévère comme un juge, pour d’autres aimable comme un sauveur, dont les cornes étaient les extrémités de la croix. Car dans la traverse [antenna] qui fait partie de la croix [quae crucis pars est], les extrémités sont appelées cornes, alors que l’oryx, à la corne unique, désigne le poteau du milieu [medius stipitis palus]. (Adversus Marcionem 3,18,3-4) (127)
(15) Que dire de Moïse, priant assis et les mains étendues [expansis manibus] pendant que Josué combattait Amalec ? … A l’évidence, parce qu’à cette occasion, … la forme de la croix [crucis] était primordiale. (idem 3,18,6)
(16) Ce caractère est le Tau des Grecs, le T des Romains, sorte de croix [crucis]…(Idem, 3,23,6)
(17) Si vous voulez être le disciple du Seigneur, portez votre croix et suivez le Seigneur, » c'est-à-dire supportez la misère, la tribulation, ou seulement votre corps qui est une espèce de croix. (De Idolatria, 12) (128)

Minucius Felix (écrivit vers 200 de notre ère)

(18) Non ! Nous n’adorons point les croix, ni ne souhaitons d’y être attachés. C’est vous peut-être qui les adorez, en adorant des dieux de bois qui en sont faits. Et qu’est-ce autre chose que vos bannières et vos étendards, que des croix dorées et enjolivées ? Ces trophées mêmes qui sont vos plus glorieux monuments, n’ont pas seulement la figure d’une simple croix [simplicis crucis], mais d’un homme crucifié. Certes, le signe de la croix paraît naturellement en un vaisseau, dont les voiles sont enflées, ou qui va à la force de rames. Quand on dresse un joug, il représente une croix, et lorsqu’un homme prie Dieu les mains étendues [homo porrectis manibus], il fait la même figure. Ainsi le signe de la Croix, ou est naturel, ou sert à votre religion. (Octavius, 28). (129)

Clément d’Alexandrie (vécut dans les années 150-215 de notre ère)

(19) L’homme qui … était prisonnier de la corruption, s’était révélé libre à nouveau, par le moyen de Ses mains étendues. (Exhortation aux Grecs, 11) (130)

Firmicus (écrivit en 346 de notre ère)

(20) Quelles sont ces cornes qu’il se vante de posséder ? … Les cornes ne représentent rien d’autre que le signe vénérable de la croix. Par une « corne » de ce signe, celle qui est allongée et verticale, l’univers est élevé et la terre est maintenue ferme ; et par la jointure des deux cornes qui vont de chaque côté, l’Est est atteint et l’Ouest affermi … Toi, O Christ, maintient avec tes bras étendus l’univers, et la terre, et le royaume des cieux … Pour conquérir Amalec, Moïse étendit les bras et imita ces cornes (Les erreurs des religions païennes, 21,3-6) (131)

Rufinus (écrivit aux environs de 404 de notre ère)

(21) Ces mots, la hauteur et la largeur et la profondeur, décrivent la croix. La partie qui est enfouie dans le sol, c’est la profondeur. Par la hauteur, il se référa à la partie qui s’élève du sol et monte vers le haut. Par la largeur, il se référa à la partie qui s’étend vers l’extérieur, sur la gauche et sur la droite … Suivant la prophétie inspirée, Christ étendit ses mains. Il tint bon toute une journée vers ceux sur étaient sur la terre, témoignant aux incroyants et accueillant les croyants (Commentaire sur le Credo des Apôtres, 14) (132)

Jérôme (vécut en 347-420 de notre ère)

(22) « Durant toute la journée j’étendis mes mains vers un peuple incrédule et opposé. » Les mains du Seigneur levées vers le ciel ne sollicitaient pas de l’aide, mais nous abritaient, nous ses misérables créatures (Homélie, 68) (133)
(23) Que dit celui qui est indigné ? : « Ceci aurait pu être vendu pour trois cents derniers », parlant du parfum dont fut oint celui qui fut crucifié. Nous lisons dans la Genèse que l’arche bâtie par Noé avait 300 coudées de longueur, 50 coudées de largeur, et 30 coudées de hauteur. Notez la signification mystique de ces nombres … Trois cents inclut le symbole de la crucifixion. On écrit 300 à l’aide de la lettre T. (Homélie, 84)

Augustin (écrivit en 412-414 de notre ère)

(24) « afin qu'enracinés et fondés dans l’amour, nous puissions comprendre avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur », c'est à-dire la croix du Seigneur. La largeur, c'est le bois transversal sur lequel sont étendues les mains ; la longueur, c'est la partie qui monte de la terre jusqu'à là traverse, et à laquelle est attaché le corps jusqu’aux mains; la hauteur va de la traverse au sommet où repose la tête; et la profondeur est la partie fixée et cachée dans la terre. (De Doctrina Christina, 2,41) (134)
(25) Dans ce mystère apparaît l’image de la croix. Car, Lui qui mourut parce qu’il le voulut, mourut comme il le voulut. … il y a la largeur dans la traverse qui est attachée en haut ; ce qui se rapporte aux bonnes oeuvres parce que les mains y sont étendues. Il y a la longueur dans la partie visible du poteau qui s’étire de la traverse jusqu’au sol … La hauteur est dans la partie de la croix qui s’étend audessus de la barre transversale ou repose la tête du crucifié … et enfin, la partie qui n’apparaît pas, qui est enterrée et cachée, depuis laquelle le tout s’élève vers le haut, correspond à la profondeur de cette grâce octroyée librement. (Lettres,26) (135)

Paul de Nola (vécut en 355-431 de notre ère)

(26) Ainsi, il y a des navires qui flottent sur les vagues du monde, armés sur la droite par les avirons de la foi dans la vérité et par les oeuvres de justice, comme disent les Ecritures, et sur la gauche … et ils attachent la voile de leurs coeurs à la vergue de la croix (Lettres,23) (136)
(27) Vous voguerez sur une mer calme ; votre navire sera équipé de la croix comme vergue (Poèmes, 17). (137)
(28) Notre croix est façonnée sous deux formes. D’une part, elle a l’apparence d’une vergue, d’un mat de navire, ou du symbole conventionnel grec pour le chiffre 300, lorsqu’elle est confectionnée avec un simple poteau surmonté d’une traverse (Poèmes, 19).

Des exemples comme ceux-ci montrent que la tradition de la croix n’est pas une invention datant de l’époque de Constantin, comme le laisse entendre la Watchtower. Certains Chrétiens des tous premiers siècles, tel Pseudo-Barnabé, ont puisé dans un réservoir de mémoire orale, et ont décrit le stauroj de Jésus comme une croix à traverse horizontale. La découverte de la croix dans l’Ancien Testament, grâce à la pratique de la typologie, renforça cette mémoire et conduisit les Chrétiens à voir dans la croix quelque chose de plus qu’un simple instrument d’exécution. Elle devint le signe des souffrances terrestres du Christ et de son sacrifice rédempteur. Même ceux qui étaient quelque peu ou fort éloignés du Christianisme orthodoxe maintinrent la même tradition. Nous pouvons le constater dans des déclarations puisées dans des documents pseudépigraphiques et apocryphes.

Les Odes de Salomon (fin du 1er siècle - début du 2ème siècle de notre ère)

(29) Je déployai mes mains, je sanctifiai mon Seigneur, puisque l’extension de mes mains est son Signe, et mon déploiement, le bois dressé. (Ode 27). (138)
(30) Je déployai mes mains près du Seigneur, près du Très-Haut je haussai la voix. (Ode 37,1).
(31) Je déployai mes mains, m’offris près de mon Seigneur, puisque l’extension de mes mains est son Signe, et mon déploiement le bois déployé qui fut pendu sur la voie du Dressé. (Ode 42, 1,2).

Les Oracles Sibyllins (2ème siècle de notre ère)

(32) O bois, O toi béni au-dessus de tout, sur lequel Dieu a été étendu ; la terre ne pourra te contenir, mais vous verrez le ciel vous habiter lorsque tes yeux de feu, O Dieu, étincelleront comme des éclairs (Sib 6,26-28). (139)
(33) Moïse préfigura Jésus lorsqu’il étendit ses bras saints, conquérant Amalec par la foi, de telle sorte que le peuple pu reconnaître qu’il était élu et précieux auprès de Dieu, son Père. (Sib 8,251-253).
(34) Il étendra ses mains et mesurera la terre entière … Tout d’abord, le Seigneur fut clairement vu par les siens, dans la chair comme il l’était auparavant, et il montra ses mains et ses pieds, et les quatre marques imprimées dans ses membres, à l’est, à l’ouest, au sud et au nord. (Sib 8,302,318-321).

Actes de Pierre (fin du 2ème siècle de notre ère)

(35) … Car vous devriez venir vers la croix du Christ, qui est la Parole étendue … Ainsi la Parole est cet arbre vertical sur lequel je suis crucifié ; le bras, c’est la traverse, la nature de l’homme ; et le clou que tient la traverse au milieu du poteau vertical, c’est la conversion et la repentance de l’homme. (140)

Actes d’André (3ème siècle de notre ère)

(36) Et une de vos parties s’étend vers le ciel afin que vous puissiez désigner le Logos céleste, le chef de toutes choses Une autre est déployée vers la droite et vers la gauche afin que vous puissiez mettre en fuite la force redoutable et hostile et conduire le cosmos dans l’unité. Une troisième partie enfin est plantée dans le sol, enracinée dans les profondeurs. (141)

Epitre de Pseudo-Tite (5ème siècle de notre ère)

(37) Le nombre suggère aussi le signe de la croix, car 300 s’écrit en grec avec la lettre T, et le T est l’image de la croix, qui fait son apparition dans la vie de la virginité. (142)

Ainsi, les premiers Chrétiens, peu importe leur conviction doctrinale, étaient d’accord quant à la forme de la croix. Aucun écrivain ne compara la croix à la lettre grecque I ou recherchèrent des parallèles dans l’Ancien Testament pour justifier une telle forme. La Société ne discuta qu’exceptionnellement de la valeur des preuves patristiques. Voici ce que disait le Réveillez-Vous ! du 8 mars 1977 :

Mais n’y a-t-il pas des écrivains du début de notre ère qui disent que Jésus est mort sur une croix ? Justin le Martyr (114-167 de notre ère) décrivit comme suit l’instrument sur lequel, d’après lui, Jésus était mort : « La première poutre est placée à la verticale, avec une branche qui dépasse lorsque la seconde est fixée dessus ; les deux branches de celle-ci sont réparties symétriquement de chaque côté, donnant ainsi l’impression d’être montée sur la première par assemblage. » Cette description indique que Justin croyait, lui aussi, que Jésus était mort sur une croix. Mais Justin n’était pas inspiré de Dieu comme le furent les rédacteurs de la Bible. Quand il est né, cela faisait quatre-vingts ans que Jésus était mort, et il n’avait pu voir comment il avait été exécuté. D’après ce qu’on sait, Justin suivait la description d’un ouvrage antérieur intitulé la « Lettre de Barnabas ». Cet ouvrage apocryphe prétendait que, d’après la Bible, Abraham avait circoncis trois cent dix-huit hommes de sa maisonnée. Ensuite il en tirait une déduction à partir des lettres I, H et T avec lesquelles s’écrit le chiffre 318 en grec. Il disait que le I et le H représentaient les deux premières lettres du nom de Jésus en grec, et que le T indiquait la forme de l’instrument sur lequel il était mort.
A ce sujet, l’Encyclopédie de M’Clintock et Strong (anglais) fait le commentaire suivant : « Il semble que l’auteur ne connaissait pas les Ecritures hébraïques. De plus, il a commis la bourde de supposer qu’Abraham connaissait l’alphabet grec plusieurs siècles avant son apparition. » Dans la version anglaise de cette « lettre de Barnabas », le traducteur fait remarquer qu’elle « fourmille d’inexactitudes » et « d’interprétations absurdes et insipides des Ecritures », ainsi que « de fanfaronnades stupides sur la connaissance supérieure dont se targue l’auteur ». Allez-vous faire confiance à ce genre d’écrivain ou à ses adeptes pour recueillir des informations exactes sur le type de poteau sur lequel Jésus est mort ? (143)

Encore une fois, les arguments de la Société ne sont guère convaincants. Faut-il que quelqu’un soit nécessairement inspiré ou témoin oculaire pour rapporter des informations correctes ? S’il en est ainsi, on se demande pourquoi les publications de la Watchtower citent fréquemment Tacite et Josèphe (deux historiens non inspirés) pour prouver que Jésus est bien un personnage historique. (144) La conception qu’avait Justin du σταυρος composé d’un poteau et d’une barre transversale est corroborée par d’autres Apologistes du deuxième siècle, tels Irénée et Tertullien (et peut-être Melito de Sardes). Tout ceci indique que cette tradition reposait sur certains fondements. De plus, il n’y a aucune preuve qu’il y ait eu une dépendance littéraire quelconque entre l’Epitre de Barnabé et les oeuvres apologétiques de Justin.

L’article qualifie l’Epitre de Barnabé d’apocryphe, ce qui est faux (de même, elle n’est pas pseudépigraphique, puisqu’elle ne prétend nulle part que Barnabé en soit l’auteur). La Société rejette l’examen que fait Barnabé au sujet de la croix, sous prétexte qu’il se livre à de « stupides » interprétations typologiques. Voilà une critique est injustifiée, car la typologie fut un élément vital dans le courant de pensée du christianisme primitif. Elle était généralement répandue parmi les écrivains chrétiens du premier siècle (voir Galates 4 :21-26 ; 1 Pierre 3 : 20,21 : 1 Clément 12 : 7,8). Quoi de plus naturel pour les Chrétiens de l’époque que de sonder l’Ancien Testament pour y trouver des références prophétiques relatives à la croix ! Il est plutôt étrange que la Société critique le Pseudo-Barnabé parce qu’il interprète les Ecritures de cette façon, alors qu’ellemême, tout au long de son histoire, a fait un usage excessif de la typologie dans son expression la plus arbitraire.

L’attitude désobligeante manifestée tout au long de cet article contraste avec une approche plus raisonnable exprimée dans le même périodique deux ans plus tôt. Dans « Tirons profit de l’Histoire » publié dans le Réveillez-vous ! du 8 octobre 1974, elle admettait qu’il était fallacieux de rejeter une preuve historique simplement « du fait que les ouvrages de ces anciens écrivains contiennent parfois des inexactitudes ». Le rédacteur de la Watchtower en vint à dire que :

Même si dans ces écrits on sent le parti pris et les idées personnelles, certaines descriptions et circonstances peuvent être exactes et de réelle valeur. Au lieu d’écarter l’étude de l’histoire sous prétexte qu’elle est inutile, il est préférable de développer une qualité importante – le discernement. (145)

En fin de compte, l’article de 1977 laisse plusieurs questions importantes en suspens. Si Jésus mourut réellement sur un poteau de supplice, pourquoi les premiers Chrétiens sans exception décrivent-ils le σταυρος de Jésus comme un instrument possédant deux poutres ? Comment cette « fausse » tradition prit-elle si tôt naissance ? Comment en vint-elle à obscurcir complètement la vérité ? Lorsque nous comparons les preuves bibliques avec celles fournies par les sources bibliques et patristiques, il devient évident que la mise à mort de Jésus sur une crux simplex est l’hypothèse la moins vraisemblable.


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Citation biblique

"Ne croyez pas toute parole inspirée, mais éprouvez les paroles inspirées pour voir si elles viennent de Dieu, parce que beaucoup de faux prophètes sont sortis dans le monde."
1 Jean 4:1

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