Les Témoins reconnaissent que ce mot est l’équivalent de σταυρος , mais prétendent toutefois que « poteau » en est la seule définition correcte. L’extrait suivant de la Tour de Garde du 15 août 1987 va jusqu’à déclarer que « beaucoup » de Chrétiens et d’érudits ont été trompés par la similitude entre le mot latin crux et le mot français « croix » :

Certes, les Romains se servaient d’un instrument d’exécution appelé crux en latin. Et ce mot crux a été utilisé dans les traductions de la Bible en latin pour rendre le terme grec stauros. Comme le mot latin crux et le mot français croix se ressemblent, beaucoup pensent à tort qu’une crux était nécessairement un poteau muni d’une barre transversale. (62)

Notons avec intérêt que l’article poursuit en disant que crux était nécessairement un poteau sans barre transversale. Fausse hypothèse ?

Tout dépend du moment où le mot crux en vint à désigner une croix avec traverse. Si le changement de signification se produisit avant la composition du Nouveau Testament ou au plus tard avant sa traduction en latin, ce que dit la Société est plutôt sujet à caution. A quel moment la Société pense-t-elle que la signification de crux se modifia en « croix » ? Bien qu’elle n’ait jamais publié (comme pour le mot σταυρος) le moindre commentaire sur le sujet, elle mentionna par deux fois que le changement sémantique eut lieu après le premier siècle de notre ère. Le livre « Toute Ecriture est inspirée et utile », publié en 1963, fait référence à Tacite (environ 56 - 120 après JC) qui écrivit que les Chrétiens de Rome furent attachés à des croix [enduits de matière inflammable] durant la persécution qui sévit en l’an 64. (63) Vingt-cinq ans plus tard, la Société reprenait le même passage dans son livre « La Révélation, le grand dénouement est proche ». Mais cette fois, elle substituait le mot « croix » par « [poteaux] » et renvoyait le lecteur à l’appendice des « Saintes Ecritures – Traduction du Monde Nouveau », édition en gros caractères (1984). (64) Apparemment, selon la Société, crux était synonyme de « poteau » lorsque Tacite composa ses Annales au deuxième siècle de notre ère.

Les exégètes de la Watchtower prétendent aussi à tort que crux ne signifiait que « poteau » aux jours de l’historien romain Tite-Live (59 av. JC - 17apr. JC). Ainsi, nous lisons dans l’appendice de la Traduction du Monde Nouveau (1950) :

Le fait que stauros est traduit par crux dans les versions latines ne contredit pas [la doctrine du « poteau de supplice »] … C’est plus tardivement que le mot crux signifiera croix. Même dans les écrits de Tite-Live, un historien romain du 1er siècle avant notre ère, crux se réfère à un simple poteau. (65)

On pouvait lire une remarque similaire dans le Réveillez-vous ! du 22 septembre 1984 : « Le mot latin utilisé pour l’instrument sur lequel Christ mourut est crux qui selon Tite-Live, un célèbre historien romain du premier siècle de notre ère, décrit un simple poteau. » (66) La Traduction du Monde Nouveau (édition de 1987) fit état du même argument : « Dans les écrits de Tite-Live, historien romain du 1er siècle de notre ère, crux désigne une simple poteau. Ce terme n’a pris le sens de ‘croix’ que plus tard. » (67)

De telles affirmations s’effondrent lorsqu’on les passe minutieusement au crible. Tout d’abord, la Société ne prouve nullement ce qu’elle avance en citant les écrits de Tite-Live. Il ressort d’un examen approfondi de ceux-ci, que l’historien n’a jamais utilisé le mot crux dans le sens proposé par la Société. Suivant la Concordance de Tite-Live (Packard), crux apparaît six fois dans les écrits de l’auteur, sous des formes variées. (68) Les voici dans leur contexte : (69)

(1) « Le guide battu de verges, et, pour effrayer les autres, mis en croix [crucem sublato], Hannibal, ayant fortifié un camp, envoya Maharbal avec la cavalerie. » (22, 13, 9)
(2) « Vingt-cinq esclaves furent mis en croix [crucem acti], parce que, disait-on, ils avaient formé un complot au Champ de Mars. » (22, 33, 2)
(3) « Il … ordonna qu’ils [les hauts fonctionnaires] soient battus de verges et crucifiés [cruci adfigi]. Ensuite, il se rendit avec ses navires vers l’île de Pityusa. » (28, 37, 3)
(4) « Les déserteurs furent sévèrement traités … les citoyens latins furent décapités, les citoyens romains crucifiés [crucem sublati]. » (30, 43, 13)
(5) « Il battit de verges et crucifia [crucibus adfixit] certains qui avaient été les instigateurs de la révolte. Il en renvoya d’autres chez leurs maîtres. » (33, 36, 3)
(6) « En ceci, pour ma part, je devais me fier à ma cause, même si je plaidais, non pas devant les Romains, mais devant le sénat carthaginois, où on rapporte que les commandants qui, suite à une mauvaise tactique, n’ont pas conduit une campagne avec succès, sont crucifiés [crucem tolli]. » (38, 48, 13)

La Société se rend à nouveau coupable de dénaturer les faits. Tite-Live n’utilisa jamais le mot crux pour désigner exclusivement la simple mise au poteau. Aucun des six extraits ne donne d’information quant à la nature et à l’aspect de la crux. A noter que lorsque Tite-Live mentionna la crux simplex, il se servit du mot palus : « Liés à un poteau [deligati ad palum], ils furent battus de verges et décapités. » (70) A moins que les exégètes de la Watchtower ne publient une citation qui déterminerait la source de leurs preuves, nous devons rejeter leurs prétentions, car elles sont fausses.

Douteuse aussi est la théorie avancée quant à la modification tardive du sens du mot crux. A l’évidence, sous tous les aspects, la Société a fermé les yeux devant l’amoncellement de preuves qui désapprouvent ses déclarations. Les citations qui suivent viennent de Plaute, Sénèque et Tacite. Ils écrivirent soit avant, soit à la même époque que les apôtres. Elles montrent clairement que (1) la crux incluait un patibulum ou furcas (deux synonymes de « traverse »), (2) le patibulum était cloué sur le stipes (le poteau droit), (3) les victimes portaient le patibulum avant leur crucifixion et (4) les victimes « étendaient leurs bras » sur la crux.

Plaute (254 – 184 avant JC)

(1) Frateor, manus vobis do. Et post dabis sub furcis. Abi intro—in crucem. (Je l’admets, je lève mes mains ! Et plus tard, tu les maintiendras sur une furca. Allons vers la crucifixion !) (71)
(2) Credo ego istoc extemplo tibi esse eundum actutum extra portam, dispessis manibus, patibulum quom habebis. (Je soupçonne que tu es maudit pour mourir hors des portes, dans cette position : les mains étendues et clouées sur le patibulum). (72)
(3) O carnuficium cribum, quod credo fore, ita te forabunt patibulatum per vias stimulis carnufices … (Oh, je parie que les bourreaux te regarderont comme un crible humain, t’infligeant une multitude de trous lorsqu’ils te traîneront dans les rues, tes bras sur le patibulum …) (73)
(4) Ego dabo ei talentum, primus qui in crucem excucurrerit ; sed ea lege, ut offigantur bis pedes, bis brachia. (Je donnerai deux cents livres au premier homme pour soulever ma crux et la prendre – à condition que ses jambes et ses bras soient doublement cloués). (74)
(5) Patibulum ferat per urbum, deinde adfigatur cruci. (Je porterai le patibulum à travers la ville ; je serai par la suite cloué sur la crux). (75)

Sénèque (env. 4 avant JC – 65 après JC)

(6) Cum refigere se crucibus conentur, in quas unusquisque vestrum clavos suos ipse adigit, ad supplicium tamen acti stipitibus singulis pendent ; hi, qui in se ipsi animum advertunt, quot cupiditatibus tot crucibus distrahuntur. At maledici et in alienam contumeliam venusti sunt. Crederem illis hoc vacare, nisi quidam ex patibulo suo spectatores conspuerent ! (Bien qu’ils luttent pour se libérer eux-mêmes de leurs croix – ces croix sur lesquelles chacun de vous se cloue de ses propres mains – lorsque conduits au supplice, chacun pend toutefois sur un simple stipes ; quant aux autres qui amènent sur eux leur propre condamnation, ils sont étendus sur autant de croix qu’ils l’ont désiré. Et encore, ils sont calomnieux et se moquent des autres en les accablant d’injures. Je pourrais croire qu’ils furent libres d’agir ainsi, certains d’entre eux ne crachèrent-ils pas sur les spectateurs depuis leur propre patibulum !) (76)
(7) … allium in cruce membra distendere (… un autre à mourir les bras étendus sur une crux). (77)
(8) Video istic cruces non unius quidem generis sed aliter ab aliis fabricatas : capite quidam conversos in terram suspendere, alii per obscena stipitem egerunt, alii brachia patibulo explicuerunt. (Je vois chez les tyrans des croix de plus d’une espèce, variées selon leur fantaisie : l’un suspend ses victimes la tête en bas, l’autre traverse leurs parties intimes, d’autres étendent leurs bras à un patibulum). (78)
(9) Contempissimum putarem, si vivere vellet usque ad crucem … Est tanti vulnus suum premere et patibulo pendere districtum … Invenitur, qui velit adactus ad illud infelix lignum, iam debilis, iam pravus et in foedum scapularum ac pectoris tuber elisus, cui multae moriendi causae etiam citra crucem fuerant, trahere animam tot tormenta tracturam ? (Je devrais le juger plus méprisable, eut-il désiré vivre jusqu’au moment de la crucifixion … Cela vaut-il la peine de s’écraser sur ses propres blessures et d’être pendu empalé sur un patibulum ? … Trouverait-on un homme volontaire pour être attaché à un arbre maudit, souffrant longtemps, déjà déformé, gonflé de vilaines tumeurs sur la poitrine et sur les épaules, arrachant le souffle de vie au milieu d’une très longue agonie ? Je pense qu’il aurait de nombreux prétextes pour mourir, même avant de monter sur la crux !) (79)
(10) Cogita hoc loco carcerem et cruces et eculeos et uncum et adactum per medium hominem, qui per os emergeret, stipitem. (Imaginez-vous la prison, la crux, le chevalet de torture, le crochet, et le pieu qu’ils enfoncent droit à travers un homme jusqu’à ce qu’il sorte par la gorge). (80)
(11) …sive extendendae per patibulum manus … (… ou ses mains qui doivent être étendues sur un patibulum...) (81)

Tacite (env. 56 apr. JC – env. 120 apr. JC)

(12) Solacio fuit servus Verginii Capitonis, quem proditorem Tarracinensium diximus, patibulo adfixus in isdem anulis quos acceptos a Vitellio gestabat. (Terracine eut une seule consolation : ce fut de voir cette esclave de Virginius Capito qui l’avait trahie, attachée en croix [patibulo adfixus], ayant au doigt l’anneau dont Vitellius avait payé son crime). (82)
(13) Rapti qui tributo aderant milites et patibulo adfixi. (Saisissant les soldats qui levaient le tribut, ils les fixèrent sur le patibulum). (83)
(14)… sed caedes patibula ignes cruces, tamquam reddituri … (Il fut prompt avec le massacre et le patibulum, avec l’incendie et la crux). (84)

A la lumière de ces extraits, il est tout simplement absurde d’affirmer que crux désignait uniquement « poteau » au premier et au deuxième siècle de notre ère, à l’époque où Tite-Live et Tacite étaient célèbres. Le témoignage de Sénèque est le plus important, car il fut contemporain de Jésus et des apôtres. Il fut également tuteur et conseiller personnel de l’empereur Néron. En cette qualité, tout ce qui concernait les directives gouvernementales lui était très familier. (85) Quant à Tacite et à son témoignage, il est démontré tout au long de ses écrits qu’il est faux d’affirmer que « croix » soit une traduction erronée de crux.

Il y a par conséquent un manque fragrant de preuves ; la signification de crux ne peut pas être restreinte à « poteau », comme le prétend la Watchtower. Notons toutefois que, dans le Réveillez-vous ! du 8 mars 1977, elle commit la maladresse d’admettre que crux et σταυρος pouvaient se rapporter à une croix munie d’une barre transversale. Nous y lisons :

Il est vrai qu’en certains endroits ces mots désignent des objets en forme de croix, et dans tous ces cas le contexte décrit une croix. Mais au départ, ni le stauros grec ni la crux latine n’avaient ce sens. (86)

Quelle étrange affirmation ! Elle reconnaît non seulement que ces mots peuvent désigner des croix ainsi que des objets cruciformes, mais elle révèle qu’il est inexact d’adhérer à tout prix à « ce sens », c’est-à-dire à la « signification de base ».

Nous pouvons donc conclure, sans hésiter, qu’au premier siècle, σταυρος, ξυλον et crux se rapportaient à des croix avec traverses. La base linguistique sur laquelle repose la doctrine du « poteau de torture » est une pure contrefaçon.

Cependant, cela ne veut pas dire que Jésus mourut sur la croix. Pour le moment, nous pouvons seulement affirmer que rien ne contredit cette manière de voir. Les preuves sémantiques à elles seules ne permettent pas de déterminer si l’instrument d’exécution de Jésus était composé d’une ou de deux poutres de bois. Il faut donc à présent nous pencher sur les éléments bibliques et patristiques pour déterminer celui qui fut utilisé.


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